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© 2020 Le Jardin des Happycuriens

Ne rien faire, ou le moins possible

Texte de Robyn Francis

Traduit par Audrey Le Bris

« Efficace », « facile d’utilisation », « faible maintenance », « conçu pour faciliter la vie de l’utilisateur » sont des slogans accrocheurs que l’on entend partout.

 

Pourtant combien de travail inutile nous créons nous, souvent sans même en être conscient ?

 

Eliminer ces travaux inutiles est au cœur d’un bon design en permaculture.

Bill Mollison définit le travail comme l’ensemble des tâches que nous devons accomplir pour combler des besoins non remplis par le système. Alors, plus nous pouvons concevoir des éléments qui travaillent l’un pour l’autre, moins nous aurons à en faire.

 

Je possède un petit troupeau d’heureux canards dodus qui travaillent le verger pour moi. Il garde la végétation spontanée et la plupart des ravageurs sous contrôle, et les transforme en fertilisant naturel de qualité pour les fruitiers et en délicieux œufs de canards pour la cuisine.

 

Bien sûr, garder des canards nous donne un peu de travail. Nous devons les enfermer le soir, pour les protéger des chiens et des renards et leur ouvrir le matin, afin qu’ils retournent au verger.

 

Mais cela nous amène au deuxième regard de la Permaculture sur le travail qui est de travailler où cela fait la plus grande différence et où nous tirerons le plus grand bénéfice pour l’énergie et le temps investis.

 

En ce qui concerne mes canards, les enfermer la nuit me permet en plus de récolter un merveilleux fumier pour le potager ; l’épaisse litière de paille étant régulièrement nettoyée et compostée. Cela signifie aussi que les cannes pondent dans leur abri et qu’il est ainsi beaucoup plus facile de chercher les œufs que d’aller vérifier dans tous les recoins du verger.

 

Un bon design résout toujours plus d’un problème.

 

La philosophie du non agir

 

Parfois, il faut simplement laisser la nature jouer son rôle, faire le travail à notre place.

 

Dans les années 70, j’étais copropriétaire de 70 hectares de bush australien, sur la côte nord. La forêt avait été détruite à grands coups de bulldozer par le précédent propriétaire et les pentes exposées avaient urgemment besoin d’être reforestées.

 

Nous aurions pu travailler incroyablement dur, mettre en place une pépinière, cultiver des jeunes plants et les mettre en terre. Cela aurait signifié l’usage d’une très grande quantité de ressources : des structures d’ombrage, des pots, du terreau, des systèmes d’arrosage etc.

 

Mais la forêt peut repousser seule. Il suffit de lui laisser une chance. Le stock de graines était présent dans le sol ; la seule chose qui empêchait la forêt de se régénérer naturellement était les vaches du voisin, qui mangeaient les jeunes pousses au fur et à mesure qu’elles apparaissaient.

 

Quand une barrière empêchant les vaches de passer a été installée autour de la propriété, la forêt a repoussé, sans aucune autre intervention ou travail de notre part.

 

On voit donc que dans certains cas, la manière la plus simple d’obtenir un résultat est de ne rien faire.

 

Au potager, je laisse beaucoup de plantes se ressemer seules. Actuellement, une plate-bande est remplie de roquette croquante, de laitues, de céleri et de calendula en fleurs, tous issus de semis spontanés après la dernière saison.

 

Lorsqu’ils grandissent de manière trop drue, je les transplante simplement dans une autre plate-bande, ce qui m’épargne le travail de semis.

 

C’est vraiment une affaire de savoir quand et comment agir, quand faire quelque chose et quand ne rien faire.

 

Le non travail du sol et la couverture permanente sont la manière la plus efficace de réduire le travail au potager.

 

Bêcher stimule la germination des graines d’adventices. Bêcher est un donc travail qui amène des mauvaises herbes, qui amènent du travail.

 

Vous pouvez aussi planter une barrière de citronnelle ( ndlt : en climat tropical ) ou de consoude autour du potager, pour éviter que celui-ci soit envahi par l’herbe ou le chiendent des pelouses avoisinantes.

 

Une autre option pour réduire le travail au potager est d’y employer des poules. Ce sont de super petits ouvriers, qui désherbent et fertilisent le jardin sans souci de cotisation de sécurité sociale ou de retraite. Bien sûr, les poules devront être contenues dans l’endroit que vous voulez désherber, sinon elles feront une grande fête au potager et dévoreront toutes vos cultures !

 

Designer pour la commodité

 

Nous nous créons sans le vouloir une grande quantité de travail, en ne réfléchissant pas aux choses en profondeur. La Permaculture est pleine de concepts de bon sens pratique qui rendent la vie tellement plus simple.

 

Le zonage est vraiment un bel exemple de design pour la commodité. Il s’agit de placer les éléments ( plantes / animal / système … ) en fonction de l’attention dont ils ont besoin, de la fréquence à laquelle ils doivent être visités, utilisés, récoltés ou maintenus.

 

Un potager à l’écart deviendra bientôt un champ de mauvaises herbes. La distance et le dérangement amène à la négligence, alors que la proximité et la praticité sont propices à un bon entretien.

 

Quelque chose que nous pouvons nous permettre d’ignorer pourra être placer plus à l’écart. Un noyer pourra être planté sans risque à un endroit que nous visitons seulement quelques fois par an, alors qu’un poirier ou un pêcher ont besoin d’un endroit proche de nous, pour vérifier la présence de mouches à fruits et récolter les fruits tendres au fur et à mesure qu’ils mûrissent.

 

Le même principe s’applique à la plantation de nos légumes au potager. Certaines plantes ont besoin d’être récoltées régulièrement, sur une longue période pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. C’est le cas du céleri, des blettes, des salades, du brocoli, des tomates, des poivrons etc. Ces plantes auront toute leur place le long des chemins faciles d’accès. Les courgettes prennent beaucoup de place et si vous ne les vérifiez pas quotidiennement, vous finirez très vite avec des énormes courgettes d’un demi-mètre de long et écœurés des courgettes farcies.

 

D’autres légumes mettent beaucoup de temps à pousser et sont récoltés en une fois, comme le chou ou le chou-fleur. Ceux-là peuvent être mis derrière les légumes de bord de chemin, dans des endroits moins accessibles. Beaucoup de légumes racines sont également gérés ainsi.

 

D’autres légumes encore ont besoin de beaucoup de place, comme les courges ou le melon. Ils trouveront leur meilleure place où ils pourront ramper sans étouffer toutes les autres plates-bandes. Ils adorent également grimper le long des barrières et ils forment un super mulch vivant sous les arbres fruitiers.

 

J’ai installé un évier d’occasion dans le potager, juste à côté du poulailler. Cela me simplifie vraiment la vie et évite le bazar dans la cuisine car je peux y nettoyer mes légumes racines, retourner le sol et l’eau au potager et jeter les fanes et les restes aux poules.

 

Un jardin d’herbes aromatiques juste à côté de la cuisine est une chose dont je ne pourrais plus me passer. C’est tellement pratique de pouvoir faire juste un pas en dehors de la cuisine pour cueillir une poignée de persil, de ciboulette, de basilic ou un bouquet garni frais à mettre dans une casserole ou assaisonner un plat.

 

Faire les bonnes connections

 

Il existe également l’art de bien séquencer les choses, de planifier ses routines et les chemins pour que ceux-ci nous mènent confortablement d’une tâche à l’autre.

 

Si vous avez une petite pépinière dissimulée dans un coin, le compost dans un autre et le poulailler au fin fond du jardin, vous pouvez très rapidement vous retrouver à courir partout d’un bout à l’autre de votre terrain.

 

Étudiez les tâches que vous devez faire quotidiennement et essayez de les mettre en lien, le long d’un seul chemin. Ainsi lorsque vous vous précipiterez dehors le matin, vous pourrez arroser vos jeunes plants dans la pépinière en allant nourrir et sortir les poules, déposer ce qu’elles n’ont pas aimé dans le compost et revenir à travers le potager en vérifiant qu’il n’y a pas une courgette à récolter.

 

Cela demande simplement de réfléchir beaucoup plus à ce dont les choses ont besoin, à comment on peut remplir ces besoins simplement puis à designer le système de manière à réduire la charge de travail et maximiser les bénéfices.