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La vie en vert : l’importance de la nature pour notre santé

Texte de Eva M. Selhub et Alan C. Logan 

Traduit par Audrey Le Bris

Les recherches scientifiques apportent des preuves solides sur l’importance de la nature pour notre santé.

Le temps passé à l’extérieur réduit l’hormone de stress, le cortisol et accroît notre sensation de bien-être.

Le développement de la société occidentale nous a éloigné des grands espaces pour donner une plus grande importance aux activités technologiques et aux créations humaines.

De plus en plus d’études scientifiques montrent qu’en nous écartant de la nature, nous avons non seulement perdu contact avec les graves problèmes environnementaux qui nous menacent, mais nous nous sommes également éloignés d'un élément vital pour notre santé mentale.

En nous refusant du temps dans la nature, nous rejetons une part essentielle de notre espèce – une vérité qui, ironiquement, est de plus en plus visible grâce aux progrès des technologies médicales.

La science autour de la nature

 

Les guérisseurs de divers systèmes thérapeutiques, de l'ayurvéda à la médecine traditionnelle chinoise, ont depuis longtemps insisté sur l’importance de la nature.

Dans de nombreuses cultures, elle est vue traditionnellement comme une sorte de médecine.

Mais l’idée que les arbres et les fleurs peuvent influencer notre bien-être ne fut pas testée scientifiquement avant 1979, quand le comportementaliste Roger S. Ulrich examina l’influence de scènes naturelles sur des étudiants stressés.

Ses tests psychologiques ont montré des différences entre les états mentaux et la manière de penser des étudiants, après avoir vu différents types de paysages.

Les scènes naturelles augmentaient les sentiments positifs d’affection, d’amitié, d’allégresse. Les scènes urbaines d’un autre côté, cultivaient de manière significative une autre émotion : la tristesse.

Voir la nature tend à réduire les sentiments de colère et d’agressivité quand les vues d’environnements urbains ont tendance à les augmenter.

 

Encouragé par ces découvertes, Ulrich mit au point une expérience similaire, dans le but de mesurer l’activité cérébrale d’adultes en bonne santé, non stressés.

Son équipe découvrit que la vue de paysages naturels était associée avec une augmentation de la production de sérotonine, une hormone du système nerveux. La plupart des antidépresseurs fonctionnent en améliorant la disponibilité de la sérotonine dans les communications nerveuses, d’où son surnom de « molécule du bonheur ».

Une étude complémentaire montra que les espaces verts agissaient comme un « Valium visuel » : les scènes naturelles favorisaient les pensées positives et abaissaient la colère et l’agressivité consécutives à un stress.

De nombreux autres chercheurs contemporains ont utilisé des méthodes objectives qui soutiennent le travail pionnier d’Ulrich :

  • Dans une étude, des personnes âgées d’un centre résidentiel de soins au Texas, ont effectué les mêmes activités, mentales, dans un jardin puis dans une salle de classe. Il fut montré que les participants produisaient un taux de cortisol – l’hormone du stress – moins élevé dans le jardin qu’à l’intérieur.

  • Des chercheurs de l’Université du Kansas ont montré que la présence de plantes dans une pièce, en particulier de plantes à fleurs, peut améliorer la récupération après un stress induit par une vidéo à forte charge émotionnelle, en ramenant l’activité cérébrale plus rapidement à la normale.

  • Un groupe de chercheurs de Taiwan a rapporté que les scènes rurales sont associées à une plus grande activité des ondes alpha, particulièrement dans le cerveau droit, associé à la créativité. Des paysages forestiers ou la présence d’eau augmente l’activité des ondes alpha et diminue le rythme cardiaque. Au contraire, des paysages citadins augmentent les tensions musculaires.

Shinrin-yoku : les bains de forêt

 

Notre santé mentale fait partie des nombreuses raisons de préserver ce qu’il nous reste de forêts.

En 1982, l’agence nationale des forêts japonaises présentait son plan à propos des Shinrin yoku - en japonais «  bain de forêt » - qui signifient «  s’imprégner, de tous nos sens, de l’atmosphère de la forêt ».

En 1990, le Docteur Yoshifumi Miyazaki, de l’université de Chiba, conduit une étude sur les shinrin-yoku dans les paysages magnifiques de Yakushima, une des forêts japonaises les plus vénérées.

Miyazaki met alors en évidence des taux de cortisol plus bas chez les sujets qui avaient marché en forêt, en comparaison à des sujets qui avaient marché dans un environnement de contrôle, au laboratoire.

Depuis, les chercheurs du Japon ont entrepris des investigations plus précises, dont des projets pour évaluer les marqueurs physiologiques lors de temps passé parmi les arbres.

Ces études confirment que passer du temps en forêt réduit le stress, les symptômes dépressifs et l’hostilité, tout en améliorant le sommeil, la vigueur et la sensation d’être pleinement en vie.

 

Ces changements subjectifs sont cohérents avec les résultats objectifs d’une douzaine d’étude, selon lesquels une diminution de la pression artérielle, du rythme cardiaque et du taux de cortisol accompagne le temps passé parmi les arbres et les fleurs.

Les hormones du stress peuvent compromettre notre système immunitaire. Puisque les bains de forêts diminue la production de ces hormones, ce n’est pas une surprise qu’ils soient également bénéfiques à notre immunité.

La nécessité des paysages naturels

 

En 1984, Ulrich publia une étude qui fit date dans la prestigieuse revue Science, dans laquelle il étudia les dossiers de patients adultes qui avaient subi la même opération de la vésicule biliaire. La seule différence majeure entre les patients était la chambre dans laquelle ils avaient été placés pendant leur rétablissement.

Les chambres d’un côté de l’hôpital avaient des fenêtres qui donnaient sur une mini forêt. De l’autre côté, les fenêtres offraient une vue complètement différente, de briques rouges.

Les résultats furent assez spectaculaires : ceux qui avaient vue sur les arbres restaient significativement moins longtemps à l’hôpital, avaient moins de complications post-opératoires et supportaient la douleur sous aspirine au lieu de morphine.

 

D’autres études ont depuis confirmé les découvertes d’Ulrich. Parmi elles :

  • Une étude norvégienne montre qu’avoir une plante dans son bureau ou dans son champ de vision diminue significativement le nombre de congés maladie pris par les employés.

 

  • Une étude publiée en 2008 dans le Journal de l’Association Japonaise des Sciences Horticoles montre que verdir les classes d’un lycée à l’aide de plantes en pot diminue considérablement le nombre de visites des étudiants à l’infirmerie, en comparaison à ceux qui étudient dans des classes sans plantes.

 

L’Organisation Mondiale de la Santé estime que dans moins de 20 ans, 75% de la population vivra en ville, contre 54% aujourd’hui.

La capacité potentielle d’un seul facteur – le temps passé dans la nature - à contrebalancer les effets du stress aura des retombées énormes sur nous et les générations futures.

Puisque tant d’aspects de la santé et même de la longévité sont négativement influencées par le stress, il s’ensuit que les espaces verts sont un facteur favorisant la santé humaine, la vitalité et la longévité.

De nombreuses recherches le confirment.

Plus votre famille vit proche de la nature, plus vous aurez de chance d’être en bonne santé et plus vous aurez de chances de vivre longtemps.

S’immerger dans la nature ne serait-ce que pour de courtes périodes – voire même n’en avoir que la vue – réduit le taux de cortisol dans le sang et améliore vos défenses immunitaires.

Effets sur le cerveau

 

Les critiques ont pu suggérer, au début, que les personnes qui reportaient une amélioration de leur humeur au contact de la nature, ne faisaient que cocher les cases qu’ils imaginaient remplir les attentes des chercheurs.

Le véritable test objectif, argumentaient-ils, serait d’être capable d’observer les effets de la nature sur le cerveau.

 

Dans les années 90, des chercheurs californiens en furent capables en utilisant l’IRM fonctionnelle, une technique sophistiquée de visualisation du cerveau.

Ils mirent en évidence que la vue de scènes naturelles stimulait une zone spécifique du cerveau, riche en récepteurs opioïdes. Ces récepteurs sont liés au système de récompense de la dopamine, qui augmente la sensation de bien-être et la motivation nécessaire aux comportements positifs.

Cette découverte fut exceptionnelle, mettant en évidence que la nature agissait comme une petite goutte de morphine dans le cerveau.

Même s’ils sont plus connus pour leur inhibition de la douleur, les récepteurs opioïdes ont bien d'autres rôles.

Quand ces récepteurs sont activés, la personne se sent moins stressée, est plus à même de créer des liens émotionnels et a tendance à moins ressasser ses souvenirs négatifs.

Dans deux études distinctes, des chercheurs coréens ont utilisé l’imagerie pour évaluer les circuits d’activation du cerveau lorsque des sujets observaient des scènes urbaines ou naturelles.

Dans la première étude, la vue de scènes urbaines entraînait une activité prononcée dans la région de l’amygdale, une région du cerveau le plus souvent associée à des sentiments de peur.

Qui plus est, un stress chronique peut augmenter l’activité de l’amygdale et cet état de surexcitation nous pousse à retenir prioritairement les souvenirs d’expériences négatives.

Cela devient un cercle vicieux : le monde a l’air un peu plus sombre, déprimant, dangereux et nos souvenirs majoritaires le confirment. Quand l’amygdale est régulièrement sur-sollicitée, cela alimente nos peurs.

 

La bonne nouvelle est que nous pouvons reprendre le contrôle en prenant conscience de nos schémas de pensée et en voyant la vie en vert – c'est-à-dire en nous immergeant dans des environnements qui diminueront notre peur.

 

Lorsque des études sur un grand nombre de personnes montrent une corrélation entre nature et stress, en utilisant à la fois des méthodes objectives et subjectives d’évaluation de l’humeur, et que ces études sont associées à des données cliniques et à des images du cerveau, l’influence de la nature devient évidente.

Ajoutez à tout cela des dizaines d’études sur les bains de forêts au Japon et l’argument selon lequel passer du temps dans la nature n’a aucune conséquence sur la santé humaine et sur notre physiologie devient impossible à tenir.

Les résultats de toutes ces études scientifiques devraient nous réveiller quant à l’importance de préserver la nature.

Le bien-être des individus et des nations – et bien évidemment de la planète elle-même – dépend de notre capacité à reconnaître l’importance de la nature pour la santé humaine.

Dr. Eva M. Selhub est membre de l’Institut Henry Benson pour la médecine Corps-Esprit du Massachusetts General Hospital et enseignante à la faculté de médecine de Harvard.

Alan C. Logan est docteur en naturopathie, scientifique et chercheur indépendant.

Cet article est basé sur un extrait de leur livre : Your Brain on Nature: The Science of Nature’s Influence on Your Health, Happiness and Vitality.