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© 2020 Le Jardin des Happycuriens

La Permaculture, outil au service

d'un changement de paradigme

Texte de Toby Hemenway

Traduit par Audrey Le Bris

     Voilà comment cela m’est arrivé : en 1990, je séchais mon boulot insatisfaisant dans les biotechnologies à Seattle en flânant dans le rayon « maison » de la bibliothèque locale. J’ai alors tiré un épais livre noir que je n’avais encore jamais vu Permaculture : le manuel du designer, de Bill MOLLISSON.

En consultant les pages, j’ai été frappé : ma vie jusqu’alors fragmentée prenait tout d’un coup sens.

J’étais fasciné depuis des années par l’écologie, les technologies appropriées, l’économie, le jardinage, l’évolution, la construction, les systèmes énergétiques, la justice sociale et tout un tas d’autres sujets, en apparence déconnectés.

Pourtant je ne voulais me spécialiser dans aucun d’entre eux et je regardais avec envie certains de mes amis qui engageaient avec succès des carrières dans des niches.

A ce moment, j’ai compris ce qu’il se passait. Quel soulagement de comprendre qu’une approche systémique pouvait relier toutes ces parties disparates de ma vie !

 

Je sais que cette expérience exaltante est familière pour beaucoup lorsqu'ils ont rencontré la permaculture pour la première fois.

Une autre expérience familière mais beaucoup moins exaltante est d’essayer d’expliquer la permaculture à ses proches et de recevoir des regards vagues, confus ou condescendants en retour. 

 

J’aimerais partager avec vous mes dernières pensées sur comment expliquer la permaculture aux autres, en replaçant la Permaculture dans une pensée plus large..

La permaculture et la pensée systémique globale

De la même manière que la Permaculture forme un chapeau pour des disciplines qui n'ont en apparence aucun rapport les unes avec les autres, et les replace dans un cadre plus global, il est utile, pour mieux comprendre la Permaculture, de la replacer elle-même dans un contexte plus large.

Une des difficultés et confusions autour de la Permaculture tient à sa définition changeante : elle représente des choses très différentes pour des gens très différents.

 

On l’appelle philosophie, mouvement, approche conceptuelle, ensemble de techniques, vision du monde, éthique d’utilisation de la Terre, science, pseudo science, et même, religion.

Pour moi, la manière la plus productive de penser la Permaculture est de la voir comme l'outil d’un changement de paradigme.

 

Pour être plus précis, c’est l’approche de conception, planification, création, en vue de matérialiser les objectifs du mouvement « durable ». J’emploie le mot durable dans un sens large, non seulement la durabilité environnementale mais également sociale et éthique.

La Permaculture est ce que nous utilisons pour mettre en pratique notre compréhension grandissante que les humains doivent s’intégrer dans le grand réseau de la vie, ou bien nous rendrons cette planète inhabitable pour nous et beaucoup d’autres espèces.

Elle nous donne des outils pour faire advenir la justice sociale et pour vivre ensemble.

 

Pour reprendre une métaphore bouddhiste, la Permaculture nous dit comment « couper le bois et porter l’eau » après l’illumination. Dans ce cas, l’illumination est d’acquérir une vision systémique, holistique. Après que votre vision du monde a changé, il reste encore beaucoup de travail. Ce travail, c’est la Permaculture.

La plupart des connaissances qui ont permis à la Permaculture d’émerger étaient présentes bien avant la Permaculture.

 

Observer ce contexte plus large permet de mieux comprendre les problèmes que la Permaculture tente de résoudre, car c’est, bel et bien, une boîte à outils de résolution de problèmes.

Ce contexte inclut les sagesses indigènes anciennes, qui ont beaucoup inspiré Bill Mollisson. Il inclut également la science écologique qui est apparue à la fin du 19e siècle. La théorie des systèmes, qui est apparue dans les années 40 grâce à des personnes telles que Ludwig von Bertalanffy, Norbert Wiener, Kenneth Boulding et Donella Meadows fut également très importante pour l’avènement de la Permaculture. Il y avait également l’indignation et le chagrin devant le dépouillement de la Terre, qui a engendré le mouvement écologiste, incarné dans les années 50 par Rachel Carson et beaucoup d’autres.

Ces personnes sont les professeurs et les mentors de la Permaculture.

 

Elles proposaient toutes une vision du monde beaucoup plus cohérente que le paradigme dominant de la science réductionniste peut offrir. Ce cadre devait être posé avant que la Permaculture puisse advenir. Pour donner un nom à ce cadre, je l’appelle pensée systémique globale.

Ce contexte plus large dans lequel la permaculture s’insère et joue un rôle est la raison pour laquelle je suis réticent à l’idée d’utiliser des termes très généraux comme philosophie ou mouvement à son propos.

La Permaculture est une partie – une partie essentielle – de ces sciences plus larges, de ces philosophies, de ces mouvements sociaux, mais ce n’est pas la totalité de l’iceberg. Elle ne les englobe pas, elle en dérive.

 

Et, plus important, la Permaculture nous donne les outils dont nous avons besoin pour matérialiser et concrétiser cette nouvelle compréhension du monde. Une fois que nous avons appris à penser de cette nouvelle manière, la Permaculture nous dit quoi faire pour qu'elle s'imprime dans la réalité.

La Permaculture est donc un programme pour promulguer, concrétiser la vision des mouvements de justice sociale et écologistes et pour apporter la sagesse des peuples premiers dans notre vie contemporaine.

C’est la pensée systémique globale, en action.

C’est ce que nous devons faire pour être aligner avec ce nouveau paradigme, si délicatement exprimé par Rafter Sass Ferguson : « remplir les besoins humains en conservant et en améliorant la santé des écosystèmes ».

La Permaculture permet ce changement de conscience

Le trait de génie de la Permaculture est que c’est à la fois un outil pour matérialiser concrètement cette nouvelle pensée systémique globle ET un moyen de prendre conscience de ce changement de paradigme.

Pour utiliser la Permaculture de manière efficace, nous devons avoir effectué cette transition à une vision holistique du monde. Jusqu’à que cela soit fait, la Permaculture peut ressembler à un kit de techniques de jardinage, ou au mieux un ensemble de pratiques guidés par trois éthiques et des principes dogmatiques.

On ne peut pas devenir un bon permaculteur à moins d’être allé au-delà de la vision réductionniste dans laquelle la plupart d’entre nous ont grandi.

 

Mais la magie de la Permaculture, c’est que simplement en pratiquant certains de ces enseignements, nous apprenons à penser en termes de systèmes.  

Couvrir son sol, pour ne citer qu’un exemple, nous aide à voir le réseau alimentaire du sol, ce qui nous montre les conditions pour avoir de la nourriture de qualité, ce qui peut nous amener à réfléchir sur la justice alimentaire et enfin nous aider à comprendre comment les humains et l’environnement sont interdépendants.

La Permaculture est un outil pour tracer notre chemin vers cette compréhension plus globale.

 

Et si vous avez déjà changé votre vision du monde, alors la Permaculture vous enseigne comment manifester cette compréhension dans le monde et dans votre vie.

Ces deux aspects de la Permaculture qui se renforcent mutuellement font partie de sa puissance. Ce n’est pas un hasard, c’est ainsi que les systèmes fonctionnent : ils tirent leur force des interconnexions entre leurs éléments.

 

La Permaculture est l'outil qui permet de matérialiser ce changement de conscience

Savoir que la Permaculture est ancré dans un mouvement plus large vers la soutenabilité et dans une vision du monde systémique nous empêche également d’en faire des choses stupides.

 

Nous n’utiliserons pas la Permaculture pour essayer de rendre soutenable le non-soutenable.

 

Mettre un toit végétalisé sur une usine de pesticide ne peut être un design permaculturel. Réduire les déchets ou la consommation énergétique d’un fabriquant de produits toxiques n’est pas un projet soutenable car nous savons que nous devons prendre en compte la totalité des produits du système. Un processus qui détruit la planète ne peut pas être réformé, il doit être éliminé.

Cela montre aussi pourquoi les trois éthiques font naturellement partie de la Permaculture.

 

Quand on pense en termes de systèmes, nous sommes fondamentalement conscients des conséquences de nos actions et nous savons qu’il n’existe rien de telle qu’une externalité. « Au loin », « ailleurs » n’existent pas. Dans une pensée systémique globale, la pollution ou la souffrance humaine ne sont pas des sous-produits accidentels de la fabrication de pseudo richesse ; ce sont des produits centraux, qui soulignent un mauvais design.

En Permaculture, les soins à la Terre et aux Hommes sont inhérents au processus de design. Ce sont les produits ultimes de nos systèmes. Les autres produits – argent, objets de consommation, nourriture, sont nos sous-produits.

Comprendre que la Permaculture est l’outil pour manifester la vision d’un monde plus durable nous aide à sortir de l’ornière de l’explication de la Permaculture à autrui. Je ne vois pas la Permaculture comme une philosophie ou un mouvement en soi, mais comme une partie d’un mouvement plus large : le changement de paradigme que notre espèce doit prendre pour pouvoir rester sur cette planète.

Ce mouvement est bien plus grand que la Permaculture. Mais cette dernière joue un rôle central dans ce mouvement et philosophie, car c’est, à ce jour, la meilleure approche pour mettre en pratique cette vision globale.

Sans la méthode de design et les outils pour élaborer les stratégies de la Permaculture, le mouvement écologiste pourrait rester embourbé dans la protestation, la négativité, la mentalité de champ de bataille et les alliances compromettantes, destructrices avec des grandes entreprises polluantes, comme le font de plus en plus les grandes institutions comme WWF ou autres.

La Permaculture peut les aider à aller de l’avant car elle propose un kit de solutions aux problèmes qu’elles ont identifiés, qui rompent avec l’ancien paradigme et avec le piège d’être financé par les gens qu’ils sont censés combattre.

Sa structure et sa méthode de design s’appuie sur un réseau décentralisé, mais généralisé, de solutions à l’échelle locale qui est une marque de fabrique du fonctionnement des systèmes. Elle permet à ceux qui l’utilisent d’échapper à la corvée de levée de fonds, à la mentalité de la rareté et à l’état d’esprit « nous contre eux ».

Nous apprenons en Permaculture qu’une question fondamentale à se poser sur n’importe quel élément du design est :

«  Quelle est sa fonction ? Qu’apporte t-il dans ce contexte ? ».

 

Alors posons cette question à la Permaculture elle-même.

 

Je répondrais que la Permaculture nous donne des méthodes concrètes pour que notre nouvelle compréhension du monde devienne réalité. C’est la boîte à outils que les mouvements de justice sociale et écologiste peuvent utiliser pour manifester leur vision d’un monde meilleur.

La Permaculture est la main créatrice d’un changement de Paradigme.

Source : Toby Hemenway